Archive for April, 2012

Hutu Genocide witness Paul Moreira

April 21, 2012

Testimony in French of a Hutu genocide witness. Found on http://www.reveil-fm.com

Je n’ai aucun doute sur la réalité du génocide des Tutsis. Aucun doute sur la lâcheté des occidentaux qui ont laissé faire et évacué uniquement leurs concitoyens alors que les Hutus massacraient des hommes, des femmes et des gosses sous leur nez. Mais… L’histoire ne s’est pas arrêtée là, en 1994, avec la victoire du Tutsi Paul Kagamé et ses troupes sur les génocidaires Hutus. L’histoire a débordé au Congo-Zaïre, dans les Grands Lacs. En 2008, j’ai découvert que les Tutsis Rwandais avaient armé une milice qui va massacrer des civils par centaines de milliers. Que la terreur qu’ils ont répandu au Congo va aboutir à la mort de quatre à cinq millons d’êtres humains. Oui, vous avez bien lu : quatre à cinq millions. Les plus grandes pertes civiles depuis la seconde guerre mondiale.

Paul Kagamé est un dictateur-tyran et criminel contre l’humanité qui jouit de l’impunité.

Je découvre tout cela lors d’un reportage au Congo, entre Goma et Ruthshuru. J’enquête sur les trafics d’armes et de minerai précieux. Et j’arrive au cœur des ténèbres. Une milice dirigée par un certain Laurent Nkunda tue les populations civiles. Je rencontre l’un de ces groupes armés, ils sont dirigés par un officier rwandais. A la faveur de la confusion des combats, je réussis à passer dans des zones qui n’étaient plus accessibles depuis longtemps. Des milliers de réfugiés sortent de la jungle. Des femmes portant toutes leurs possessions sur leur tête et un regard d’animal traqué. Des milliers de personnes marchant dans un silence lugubre. La tragédie est habituellement bruyante. Ils ne parlaient pas.

– Pourquoi fuyez vous ?

– Laurent N’kunda nous tue, me répondaient les femmes dans un étrange murmure, elles chuchotaient comme si elles avaient peur d’être entendues .

N’kunda était alors considéré par l’occident comme un type présentable. En 2009, il a commis un massacre de trop, un massacre filmé, et les Rwandais l’ont rapatrié à Kigali où, aux dernières nouvelles, il vivrait en résidence surveillée.

J’avais alors publié une note sur mon blog. Je la republie ici. Pour mémoire. Et parce que Kagamé est à Paris.

Écoutez ce que m’ont raconté des dizaines et des dizaines de personnes, témoignages concordants de massacres passés à l’as. En 1996, deux ans après le génocide des Tutsis par les Hutus au Rwanda, les Tutsis Rwandais ont franchi la frontière et ont agi à peu près de la même manière sur les populations civiles Hutus qui étaient au Congo. Les Hutus rwandais ont été massacrés, bien entendu. Mais aussi les Hutus congolais qui n’avaient rien à voir avec le génocide commis au Rwanda.

Le 30 octobre 1996, et cette date revient dans toutes les bouches comme une musique de malheur, les Tutsis rwandais ont réuni des hommes dans un stade du côté de Rutshuru, dans le Kivu. Ils venaient d’envahir le pays et voulaient présenter les nouvelles autorités aux habitants, disaient-ils. Comme les Rwandais se comportaient avec beaucoup de correction, la population civile ne s’est pas méfiée. Ils sont allé au stade. Les soldats rwandais ont alors demandé aux gens de lever la main selon leur groupe ethnique. Ils ont fait un groupe avec les Hutus et ils les ont emmenés dans une carrière. Il leur ont ligoté les bras et les ont tués un par un avec des coups de bêches sur la tête. J’ai rencontré un survivant, un type donné pour mort et dont le cœur est reparti. Il y a toujours des accidents de ce type dès qu’on passe aux massacres systématiques. Il s’est réveillé au bout de trois jours au milieu de sa femme et de ses trois filles assassinées.

Combien sont morts dans ces jours là ? Difficile à dire, impossible même, personne n’a compté. Village par village, les survivants donnent des chiffres invérifiables. On parle de plusieurs dizaines de milliers rien que dans la petite région de Rutshuru.

La MONUC, la mission des nations unies présente sur le terrain n’a pas trouvé le temps de compter depuis toutes ces années. Elle a posé du barbelé autour des sites où sont ensevelis les gens, de l’herbe a poussé et l’oubli avec. Notre oubli, pas celui des Congolais…

L’un de ces fonctionnaires onusiens m’a confié, off the record, que, oui, en 1996, quand les Tutsis du Rwanda ont commencé à ouvrir les charniers de leur côté de la frontière et à prendre conscience des « proportions bibliques » qu’avait pris le massacre de leur population, ils sont entrés au Congo pour se venger sur les Hutus qui vivaient au milieu des populations congolaises. Et ils ont tué, de manière indiscriminée, Hutus rwandais et congolais, suspects de les accueillir.

D’une certaine manière, le fonctionnaire de la MONUC semblait comprendre le contre-massacre. Pas le justifier. Juste le comprendre. Et il m’a laissé entendre qu’il fallait construire en regardant l’avenir. C’est un sentiment assez répandu dans cette région du Congo : n’en parlons pas, regardons de l’avant. Le malaise aussi, du fait que les victimes d’hier soient devenues des bourreaux…

Alors on s’est tu.

Et les massacres ont continué jusqu’à maintenant.

Des groupes armés appuyés par les Tutsis rwandais sont restés présents à l’Est du Congo, là où le pays fait frontière avec le Rwanda. Et certains (pas tous et pas eux uniquement…) ont continué à tuer.

Jusqu’au mois d’aout dernier, en 2007, en ce qui concerne la région de Rutshuru. Tout au long de la route qui va vers l’Ouganda, j’ai vu des charniers. Des civils tués par une brigade appelée Bravo.

Par une négociation politique un peu bizarre, un groupe armé pro-Rwandais a été intégré pendant quelques mois dans l’armée régulière congolaise. On lui a confié la gestion d’une zone peuplée majoritairement de Tutsis. Un certain Innocent (ça ne s’invente pas) était responsable du coin. Un tueur, disent les habitants. Ils étaient partis se réfugier dans la forêt. Parfois, ils tentaient de se glisser dans le village. S’ils croisaient un gars de la brigade Bravo, disent-ils, ils pouvaient être tués.

Des dizaines de témoignages concordants racontent la même chose. Des villages entiers réunis, fébriles, car ils savent le risque qu’ils prennent de parler, ils savent qu’à tout moment les hommes en armes peuvent revenir, ils sont là, à quelques kilomètres à peine.

Ils ont toujours pris le risque de parler. Pour la mémoire des morts et pour que cela cesse. Et nous n’avons pas entendu.

Depuis 1996, la guerre au Congo aurait causé la mort de près de quatre millions de personnes. Entre 200 000 à 300 000 par balles et le reste (3,7 millions…) du fait de l’écroulement du système sanitaire, des épidémies, de la malnutrition, conséquences indirectes de l’insécurité.

Tous ces morts ne peuvent être imputables aux Rwandais, bien sûr. Le problème des guerres qui ont lieu dans les pays sans Etat c’est que les armes sont distribuées et vendues à droite à gauche. Elles deviennent un moyen de survie, l’armée régulière elle même se décompose et abrite des cliques mafieuses vivant sur les ressources du pays. Car ce coin est l’un des plus riches du monde.

Du minerai. Cassitérite, coltan, or, diamants… Le minerai a alimenté le chaos. Tout le monde en voulait. Les Rwandais, les Congolais ripoux de l’armée, les Ougandais…

Et nous, l’Occident, en avions besoin. Alors on l’achetait. Et on le transportait.

Partout dans le Kivu, le groupe Bolloré s’affiche fièrement en transporteur numéro un. En 2003, quand l’ONU avait enquêté sur le pillage des ressources naturelles du Congo, elle avait rencontré presque tous les acteurs du drame. Elle voulait convaincre les acteurs économiques que ce commerce tuait et qu’il fallait désinvestir tant que la paix n’était pas revenue. Certaines multinationales avaient accepté de ne plus acheter de minerai venant de ce coin là.

Sachant que ce commerce alimentait des dizaines de milliers de morts civiles. Mais quand les experts de l’ONU avaient voulu interroger les gens de Bolloré (SDV), le transporteur français avait refusé de les rencontrer et d’interrompre ses activités. Ainsi, SDV a eu l’honneur de se retrouver sur une liste de « non répondants » émise par les experts de l’ONU aux côtés de trafiquants d’armes aussi célèbres que Victor Bout, le russe qui inspira le personnage de Nicholas Cage dans Lord of War…

Paul Moreira est né près de Lisbonne, en 1961. Il vit à Paris depuis 1963.

Il est titulaire d’une maîtrise de sociologie de l’Université Paris IV et d’un DESS d’anglais intitulé « Correspondant de presse dans un pays anglo-saxon » de l’université de Paris III.

Il débute sa carrière à Radio France internationale en 1984 puis travaille comme enquêteur pour l’émission Droit de réponse de Michel Polac, sur TF1. Il travaille à l’hebdomadaire Politis entre 1988 et 1990. Puis il rejoint la rédaction du mensuel Actuel jusqu’en 1994. Il est embauché à l’agence CAPA en 1995 où il devient grand reporter et réalise des films pour Envoyé spécial sur France 2, Zone interdite sur M6 et de nombreux sujets pour Canal plus. En 1997, il participe à la création de la rédaction du Vrai Journal, l’émission présentée par Karl Zéro sur Canal plus dont il devient rédacteur en chef en 1998. En 1999, il quitte CAPA et intègre Canal Plus pour créer 90 minutes où il est nommé directeur adjoint de l’information.

Travaillant principalement pour la télévision française, il a réalisé ces dix dernières années plusieurs films d’investigation dans des zones de conflit : les milices en Irak, la corruption en Afghanistan, les investissements secrets des multinationales en Birmanie, la guerre des colonies en Israël, le trafic d’armes en République Démocratique du Congo, les déchets toxiques en Somalie…

En 1999, Paul Moreira a fondé sur Canal plus le magazine 90 minutes. Certaines de leurs enquêtes comme celles sur l’assassinat déguisé en suicide du Juge Borrel contribuent à faire rouvrir des enquêtes judiciaires. En 2003, à la demande de la direction de Canal plus, il crée une case hebdomadaire consacrée au documentaire d’enquête : Lundi Investigation.

Certaines de leurs émissions génèrent des pressions politiques[1]. C’est le cas en 2004, pour une enquête sur l’armée française en Côte d’Ivoire, révélant que les soldats ont tiré dans une foule désarmée. La FIDH et la LDH demandent sans succès une commission d’enquête[2] au gouvernement.

En 2006, la direction de Canal plus met fin à l’émission.

Paul Moreira quitte Canal plus et crée une agence de presse indépendante : Premières Lignes.

Depuis, il produit des films pour diverses chaînes : Canal plus, Arte, France Télévisions.

Ses documentaires sont diffusés dans la plupart des pays européens, en Australie, au Japon, au Canada, en Russie.

En 2007, il publie une réflexion sur le journalisme, les nouvelles méthodes de manipulation, le reportage de guerre à l’heure de l’embeddment et la gestion de la perception.

Il est aussi à l’initiative de Liberté d’Informer, une campagne pour un Freedom of Information Act français. Une loi plus souple d’accès aux documents administratifs et une déclassification plus transparente des archives. Une pétition a recueilli près de 6 000 signatures et un important intérêt public. Filmographie

* 2001, une de ses investigations sur Ali Mohamed, taupe d’Al Qaeda au sein des forces spéciales américaines, est reprise par CNN et son document « Islamiste-USA : histoire d’une alliance contre nature » est nommé au prix Albert Londres.

* 2003, il est à Bagdad pour l’entrée des troupes américaines. Il réalise un documentaire sur les pillages et le chaos qui s’installent : « Dans la jungle de Bagdad ».

* 2004, Irak : Dans « Bagdad : la guerre des bombes », est mis en lumière une attaque de l’armée américaine contre l’hopital Habibya de Sadr city. o Israël, portrait de Zakaria Zoubeidi, chef des brigades des martyrs d’Al Aqsa de Jenine, c’est alors l’homme le plus recherché de Palestine (« Le pouvoir des rebelles armés » reçoit le Prix du meilleur reportage d’actualité[7] du Club Audiovisuel de Paris 2005.

* 2005, Israël : « Dans le secret de la guerre des colonies » expérimente une forme originale. Cette émission de 90 minutes mêle enquête, décryptage et reportage à chaud sur la question des colonies. Il est diffusé alors que l’évacuation de Gaza n’est pas encore achevée.

* 2007, Irak : Au pic de la guerre des milices à Bagdad, il mène une investigation au sein de la population irakienne sur les racines de la guerre civile. Son film, « Irak : agonie d’une nation » reçoit le prix du meilleur documentaire d’actualité au Festival International de Télévision de Monte-Carlo et le prix de l’investigation au Festival International du Grand Reportage d’Actualité.

* 2008, Armes, trafics et raison d’état, enquête de 90 minutes sur le trafic d’armes pour Arte, réalisée avec David André. Prix de l’investigation au FIGRA. o Travailler à en mourir, documentaire pour France 2 sur la souffrance au travail dans les entreprises françaises.

* 2009, Afghanistan : sur la piste des dollars, 52 minutes sur la corruption et le détournement de l’aide humanitaire en Afghanistan[9]. Diffusé sur “Four Courners”, ABC Australia, NHK (Japon), Russia Today, Al Jazeera, TVE (Espagne), Finlande, Hollande… Prix de l’investigation au Figra et sélectionné pour la première édition du Investigative Film Week, à Londres.

* 2011, “Islam,Antéchrist et jambon beurre”.

Livres

* État de choc Ed. Flammarion, 2002, (ISBN 2080683535) * Les Nouvelles Censures, dans les coulisses de la manipulation de l’information Éditions Robert Laffont, 2007, (ISBN 2221108639) * Travailler à en mourir, avec Hubert Prolongeau, Editions Flammarion, 2010

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